peintures, dessins et autres calembredaines...
" On ne devient pas brusquement collectionneur d'art singulier, écrit-elle, c'est un cheminement très lent qui passe forcément par une déchirure de l'esprit, une rebellion.
Cet Art « qui touche de près le cœur des hommes », a atteint ma sensibilité. Enracinées dans un vécu émotionnel, les formes singulières qui captent le regard sont pour moi des instants de survie qui dictent la peinture. Survie de l'artiste - par définition -, et survie du collectionneur à sa suite. Ajoutée parfois à une picturalité subversive, la graphie des mots participe à ces moments intérieurs et discrets. Et puis dans ma vie, je n'ai eu que des passions hors-normes ; tout ce qui était ordinaire a mal tourné."
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Nous nous sommes rencontré à l'occasion de mon exposition à Villages d'artistes de Rablay sur Layon, voici le texte qu'elle a écrit sur mes peintures, je l'en remercie encore.
Bernard Le Nen, de l'effroi au délice...
C'est un monde surnaturel dans lequel Bernard Le Nen nous entraîne. Dans un univers fantastique et délicieusement tourmenté, ses peintures nous soumettent à la
réflexion.
L'alchimie des transpositions - on cherchera dans les compositions, la représentation d'un pavé mosaïque - est la voie de l'artiste a choisie pour nous dépeindre le monde tel qu'il est, mais
aussi tel que nous refusons de la voir. Un univers cruel, sans concessions et minutieusement mis en scène ; le message se veut violent et nous saisit presque à la gorge tant sa matérialité
nous est si peu commune. Ce n'est pas tous les jours que l'on propose à nos regards, des organes imprégnés de fluide vital et des narines béantes...
Cette voie d'interprétation originale dans laquelle on n'ose se glisser, nous la suivons avec l'arsenal défensif de l'explorateur qui découvrirait les marches
inconnues d'un royaume !
Happés par un monde peuplé de créatures imbriquées, on est littéralement aspiré par la représentation picturale de ces êtres organiques, qui ont eux une source d'activité intime qui leur
donne la vie. L'effroi - ou le délice -, atteint son apogée, quand dans la quintessence décorative on se retrouve nez à nez et les yeux dans les yeux avec des concubines démoniaques, dans une
sophistication de détails et de scènes marginales finement exécutées. Pour ce talent qu'il développe à transcrire à transcrire l'humainement inconcevable, Le Nen au Moyen-Âge aurait gagné son
rang chez les enlumineurs !
Et parce qu'elles nous font réagir, ses peintures ont des propriétés vivifiantes. On attend des esprits enterrés qu'ils se mettent à crier et siffler furieusement. Mais pour tenter de dissiper dans cet hermétisme infernal, ce ciel fuligineux qui lui aussi pèse comme un couvercle, ce peintre de l'étrange - qui peint peut-être pour ne pas avoir à parler de ce qu'il peint -, nous propulse dans une terra incognita de la recherche dont nous ne pouvons plus ressortir. Il faut rentrer dans la néance de cette sphère énigmatique, vouloir habiter les mondes infestés de Le Nen, sans chercher à savoir si on pourra en réchapper. Car elle est là, cette notion de transmission, dans la possession que l'artiste a organisée pour vous dans son inconscient créateur...!
Si elles renferment une certaine gravité, les œuvres de Le Nen témoignent par ailleurs d'un lyrisme éloquent. Il y a du gothique dans ces œuvres-là, du fambloyant dans les gargouilles ! Son style exalté où foisonne quantité d'éléments polymorphes - reliefs sculptés et décors architectoniques -, brouille les repères visuels et culturels, créant ainsi une nouvelle esthétique. Aucune fraîche naïveté dans les œuvres de Bernard Le Nen, donc !
Les œuvres, peintes à l'acrylique, mettent à jour à la lumière étrange de l'impensé - de l'impensable -, ce qui nous est transmis. Rien n'échappe à nos cinq sens sollicités. Loin de tout principe simplificateur, il en sera ainsi de la luxure...Celle-là même qui est « cause de génération », admettait pragmatiquement De Vinci. Et si Bernard Le Nen dans ses peintures dépose sur les retables quantité d'objets interdits, ce n'est pas pour choquer l'oeil profane mais pour égayer l'atmosphère...