Partager l'article ! L ÂNE ET L' HORIZON, EXPO GIVORS: Lorsque Élisabeth Gagneur de l'Auberge des Arts à Givors , m'a demandé si l'exposition que nous ...

GEORGES CLOVIS – PARKER
La rencontre
La rencontre eu lieu un hiver. La rue était déserte et glaciale. Le vent qui descendait du nord mordait les lèvres d’un cruel baiser. Dans la grisaille du jour la boutique à la devanture défraîchie, faiblement éclairée , semblait pourtant vibrer d’une accueillante tiédeur.
Mu par je ne sais quelle obscure énergie, je poussai la porte vitrée, faisant tinter la petite sonnaille suspendue au chambranle. Une soudaine et violente bouffée de chaleur me surprit.
Après avoir échangé les politesses d’usage avec le tenancier, je me débarrassai de mon lourd pardessus de laine et de ma chapka d’astrakan et, les posant sur le fauteuil bancal qui se trouvait là, je remarquai le grand mur de droite sur lequel étaient accrochées une douzaine de peintures jaunies aux formats variables .
Je m’approchai, faisant craquer sous mes pas, les lattes disjointes du plancher et plongeai aussitôt mon regard dans celui de l’homoncule aux yeux exorbités, peint sur la toile n°3. Sa langue rouge fouillait une oreille voisine, et son ventre, ouvert comme une fleur éclose, expulsait en douceur une sorte de poisson pathétique aux écailles mauves.
A cet instant précis je ne me doutais pas encore que, corps et âme, je serais désormais lié à cette représentation grotesque de la condition humaine et que la peinture de Bernard Le Nen allait définitivement transformer ma vie.
Georges Clovis-Parker
“La Chapka et le pinceau ”
Editions de L’homoncule. 2003.
Lorsque Élisabeth Gagneur de l'Auberge des Arts à Givors , m'a demandé si l'exposition que nous mettions en place avait un titre je fus un peu pris au dépourvu. Très rarement mes expositions ont eu un titre, je n'en n'avais donc pas sous le coude et lui dis que je réfléchirai et que si quelque chose ressemblant de près ou de loin à un titre émergeait, je lui en ferait part. Mais rien, ou alors des semblants, des forcés , ce fut donc , comble de l'originalité, « Peintures récentes » qui fit office d'intitulé.
Mais, en choisissant les toiles je constatai qu'un élément déjà épisodiquement présent auparavant s'était imposé avec insistance et régularité depuis la dernière expo à Givors : L'horizon, cette ligne, qui partage l'arrière plan en deux espaces là ou ne s'ouvrait alors le plus souvent qu'un espace unique .
La terre s'est installée, ce pourrait être également le ciel mais ce n'est pas ce que dit mon petit doigt et j'ai tendance à le croire, le ciel était déjà là m' a t' il soufflé à l'oreille.
Voici donc cette ligne, toujours ailleurs . C'est une ligne de partage, une ligne de vie, une ligne de front, c'est la carotte au bout du bâton que l'âne tente en vain d'engloutir, se dérobant sans cesse, inaccessible. Lui échappant sûrement et à jamais elle parvient pourtant, pas à pas, à le faire avancer.
J'avais trouvé un titre, peut-être même deux...
L'horizon? parlons en de l'horizon... ou L'âne et L'horizon
Exposition du 14 janvier au13 février 2011
Auberge des Arts
36 rue Joseph faure 69700 Givors
04.78.07.11.76
http://amisdesartsgivors.over-blog.com