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GEORGES CLOVIS – PARKER
La rencontre
La rencontre eu lieu un hiver. La rue était déserte et glaciale. Le vent qui descendait du nord mordait les lèvres d’un cruel baiser. Dans la grisaille du jour la boutique à la devanture défraîchie, faiblement éclairée , semblait pourtant vibrer d’une accueillante tiédeur.
Mu par je ne sais quelle obscure énergie, je poussai la porte vitrée, faisant tinter la petite sonnaille suspendue au chambranle. Une soudaine et violente bouffée de chaleur me surprit.
Après avoir échangé les politesses d’usage avec le tenancier, je me débarrassai de mon lourd pardessus de laine et de ma chapka d’astrakan et, les posant sur le fauteuil bancal qui se trouvait là, je remarquai le grand mur de droite sur lequel étaient accrochées une douzaine de peintures jaunies aux formats variables .
Je m’approchai, faisant craquer sous mes pas, les lattes disjointes du plancher et plongeai aussitôt mon regard dans celui de l’homoncule aux yeux exorbités, peint sur la toile n°3. Sa langue rouge fouillait une oreille voisine, et son ventre, ouvert comme une fleur éclose, expulsait en douceur une sorte de poisson pathétique aux écailles mauves.
A cet instant précis je ne me doutais pas encore que, corps et âme, je serais désormais lié à cette représentation grotesque de la condition humaine et que la peinture de Bernard Le Nen allait définitivement transformer ma vie.
Georges Clovis-Parker
“La Chapka et le pinceau ”
Editions de L’homoncule. 2003.

Installation de Baptiste Brun & David Marin
avec les oeuvres de
Stéphane Cerutti , Baptiste Debombourg, Guillaume Dimanche, Alain Kieffer,
Bernard Le Nen, Loren, Raphaël Mallon, David Marin,
Jean-Nicolas Reinert, Jean-François Rieux, Catherine Ursin
PERFORMANCE [KIEFFER & BRUN]
A-[préhension] se propose d'interroger les différents modes d'appropriation des œuvres à l'époque de la toile internet.
Dans un monde de l'image virtuelle, de quelle latence disposons-nous pour faire face à une peinture, une sculpture, une installation ou encore une performance ? Comment l'envisager dans sa
dimension matiériste, spatiale, unitaire ou bien encore tactile ?
L'enfermement relatif à sa numérisation ne nous oblige-t-il pas à se concentrer sur une gamme limitée d'effets, au détriment de la cohérence globale de l'œuvre, c'est à dire de son ancrage dans
le monde et comme réponse au monde ?
L'installation présentée à La Rage par Baptiste Brun et David Marin engagera dans l'espace ces tensions issues d'un tout image en constant renouvellement. Ou pas.
Vernissage le vendredi 22 janvier à partir de 18h30