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GEORGES CLOVIS – PARKER

La rencontre

 

La rencontre eu lieu un hiver. La rue était déserte et glaciale. Le vent qui descendait du nord mordait les lèvres d’un cruel baiser. Dans la grisaille du jour la boutique à la devanture défraîchie, faiblement éclairée , semblait pourtant vibrer d’une accueillante tiédeur.

Mu par je ne sais quelle obscure énergie, je poussai la porte vitrée,  faisant tinter la petite sonnaille suspendue au chambranle. Une soudaine et violente bouffée de  chaleur me surprit.

Après avoir échangé les politesses d’usage avec le tenancier,  je me débarrassai  de mon lourd pardessus de laine et de ma chapka d’astrakan et, les posant sur le fauteuil bancal qui se trouvait là, je remarquai le grand mur de droite sur lequel étaient accrochées une douzaine de peintures jaunies aux formats variables .

Je m’approchai, faisant craquer sous mes pas, les lattes disjointes du plancher et plongeai aussitôt mon regard dans celui  de l’homoncule aux yeux exorbités, peint sur la toile n°3. Sa langue rouge fouillait une oreille voisine, et son ventre, ouvert comme une fleur éclose, expulsait en douceur une sorte de poisson pathétique aux écailles mauves.

A cet instant précis je ne me doutais pas encore que, corps et âme, je serais désormais lié à cette représentation grotesque de la condition humaine et que la peinture de Bernard Le Nen allait définitivement transformer ma vie.

 

Georges Clovis-Parker
“La Chapka et le pinceau ”

Editions de L’homoncule. 2003.


























































































Lundi 3 octobre 2005 1 03 /10 /Oct /2005 00:00

                                 

Le 21 octobre aura lieu la première de la nouvelle co-création de la Cie de l’Ours et de la Cie Geneviève Lézy. De nombreuses heures de lectures, d’échanges, d’émotions, de rires et de fatigue, en un mot de répétitions, pour se retrouver derrière le rideau, juste avant qu’il ne s’ouvre, la tripe nouée, blanc comme un linge, mort de trac …

Je vous parle de ça parce que je vais me retrouver derrière le rideau ce soir là avec mes petits camarades, la tripe nouée, blanc comme un un linge, mort de trac, et c’est cela qui est bon, enfin, pas vraiment ce moment là mais le tout, la suite, sur les planches, hors du temps, en pleine lumière…Alors depuis quelques années j’y retourne derrière ce foutu rideau.
Pour jouer.
 

    Ce sont des bouts de texte, de petits monologues,  des pensées, de petits dialogues, des saynètes, des débuts de choses, des fragments d'histoires.
    De petits événements, croqués à chaud, comme des instantanés, de petits Polaroïds.
    …, chaque texte peut être pris à part, sorti du contexte, chacun peut trouver son propre chemin, ce n'est pas une pièce.
   C'est un matériau à jouer, des confrontations pour les acteurs, à se dire, à balancer contre le mur, sans fleurs, ni fards, des histoires d'amours, de thunes, trucs classiques - quoi, de la vie de tous les jours, qui sont ici concentrés.
   Ce sont des bribes, de petites coupures, des voix qui éclatent doucement, les voix de tout le monde et de personne, du sourire caché à la violence de jours entiers, de nuits entières.

 Xavier DURRINGER
(Extraits de l’introduction à « Chroniques des jours entiers, des nuits entières »)

 

Après « George Dandin », Molière, nous voulions nous confronter à une écriture contemporaine, à un théâtre qui parle plus directement de notre aujourd’hui, nous avions dix comédiens mordus, nous avons beaucoup lu…
Xavier Durringer nous a parlé plus fort que les autres. « Comme un uppercut au plexus », il nous a choqués. C’est bien lui que nous cherchions : une langue âpre au service de situations brutales et quotidiennes, « du sourire caché à la violence des jours entiers, des nuits entières ».
Sans chercher à coudre ces « bouts de textes » de X. Durringer les uns aux autres en un patchwork hasardeux, nous avons créé dix personnages qui, dans une continuité, unité de temps, unité de lieu, se cherchent et se fuient…
L’espace est celui d’une esplanade urbaine, lieu de rencontres obligées mais où la rencontre ne va pas de soi.
L’écriture incisive de X. Durringer nous a vivifiés, "comme un
vent frais, comme une claque, un truc de marin, une bombe glacée dans la gueule. La liberté, les grands espaces, l'envie d'aller voir au bout de la rue... "  Merci à lui !


LE SECRET DE LA REUSSITE

Textes de Xavier DURRINGER
(éditions théâtrales)
Spectacle réalisé par
Geneviève LEZY et Patrick CHIOZZOTTO
Vendredi   21 octobre  21h
Samedi       22 octobre  21h
Dimanche  23 octobre  17h
ANCIEN EVECHE. UZES
Reservation conseillée au 04.66.81.28.67

 

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