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GEORGES CLOVIS – PARKER

La rencontre

 

La rencontre eu lieu un hiver. La rue était déserte et glaciale. Le vent qui descendait du nord mordait les lèvres d’un cruel baiser. Dans la grisaille du jour la boutique à la devanture défraîchie, faiblement éclairée , semblait pourtant vibrer d’une accueillante tiédeur.

Mu par je ne sais quelle obscure énergie, je poussai la porte vitrée,  faisant tinter la petite sonnaille suspendue au chambranle. Une soudaine et violente bouffée de  chaleur me surprit.

Après avoir échangé les politesses d’usage avec le tenancier,  je me débarrassai  de mon lourd pardessus de laine et de ma chapka d’astrakan et, les posant sur le fauteuil bancal qui se trouvait là, je remarquai le grand mur de droite sur lequel étaient accrochées une douzaine de peintures jaunies aux formats variables .

Je m’approchai, faisant craquer sous mes pas, les lattes disjointes du plancher et plongeai aussitôt mon regard dans celui  de l’homoncule aux yeux exorbités, peint sur la toile n°3. Sa langue rouge fouillait une oreille voisine, et son ventre, ouvert comme une fleur éclose, expulsait en douceur une sorte de poisson pathétique aux écailles mauves.

A cet instant précis je ne me doutais pas encore que, corps et âme, je serais désormais lié à cette représentation grotesque de la condition humaine et que la peinture de Bernard Le Nen allait définitivement transformer ma vie.

 

Georges Clovis-Parker
“La Chapka et le pinceau ”

Editions de L’homoncule. 2003.


























































































Lundi 12 mars 2007 1 12 /03 /Mars /2007 13:21
     - Tiens, pas plus tard qu'hier j'en ai
    trouvé un gros comme ça!
    Ca y est il remet ça le type au chapeau.
    Il nous a fait le même coup la semaine
    dernière, soit-disant que des comme ça de toute
    sa vie, sur la tête de sa mère il en avait jamais
    vu, théoriquement, qu'il a rajouté, des comme
    ça théoriquement, on en trouve qu'un par
    siècle et encore....
    - Théoriquement on en trouve à peine un par
    siècle et là, coup sur coup, à une semaine de
    distance v'la t'y pas que j'aperçois deux individus d'un
    gabarit extraordinaire, monstrueusement  supérieur
    à celui
des spécimen courants....
    Vous vous rendez compte, rajouta t-il après un
    silence essoufflé pendant lequel un mince  filet de
    bave grise en profita pour s'immiscer entre les deux
    dents du bas  et s'écouler mollement le long du
    menton, allant finir sa course humide dans le col de
    sa tunique, vous vous rendez compte...
             Les yeux lui sortaient des orbites, et le tuyau qui lui servait de nez frémissait d'excitation.

 
 


 
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