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GEORGES CLOVIS – PARKER

La rencontre

 

La rencontre eu lieu un hiver. La rue était déserte et glaciale. Le vent qui descendait du nord mordait les lèvres d’un cruel baiser. Dans la grisaille du jour la boutique à la devanture défraîchie, faiblement éclairée , semblait pourtant vibrer d’une accueillante tiédeur.

Mu par je ne sais quelle obscure énergie, je poussai la porte vitrée,  faisant tinter la petite sonnaille suspendue au chambranle. Une soudaine et violente bouffée de  chaleur me surprit.

Après avoir échangé les politesses d’usage avec le tenancier,  je me débarrassai  de mon lourd pardessus de laine et de ma chapka d’astrakan et, les posant sur le fauteuil bancal qui se trouvait là, je remarquai le grand mur de droite sur lequel étaient accrochées une douzaine de peintures jaunies aux formats variables .

Je m’approchai, faisant craquer sous mes pas, les lattes disjointes du plancher et plongeai aussitôt mon regard dans celui  de l’homoncule aux yeux exorbités, peint sur la toile n°3. Sa langue rouge fouillait une oreille voisine, et son ventre, ouvert comme une fleur éclose, expulsait en douceur une sorte de poisson pathétique aux écailles mauves.

A cet instant précis je ne me doutais pas encore que, corps et âme, je serais désormais lié à cette représentation grotesque de la condition humaine et que la peinture de Bernard Le Nen allait définitivement transformer ma vie.

 

Georges Clovis-Parker
“La Chapka et le pinceau ”

Editions de L’homoncule. 2003.


























































































Mardi 6 mars 2007 2 06 /03 /Mars /2007 08:59
    Nez rouge, cheveux gris, les couleurs du 
   temps  qui passe et des flacons éclusés.

   A moins que ce ne soit la froidure du soir qui
   lui givre le crin et lui cramoise le pif.
   Il (elle?) n'est pas couvert (e) faut dire. Juste
   sa  blouse de toile grise sur ce méchant
   ticheurte de de laine rêche que la tante
   Emma tricota au lendemain de l'enterrement du
   père. Au mois de mars la douceur du jour
   est souvent trompeuse, et quand la nuit
   revient, au
sortir des chaumières il est
   prudent de renfiler
couvre-chef et lourde 
   pèlerine.
   Pour l'heure, la fièvre ne s'est emparée que
   de
ses yeux, elle les  équarquille de rondeurs
   hallucinées qui transpercent l'envers de  la toile,
   irradient et contaminent l'air vif et crépusculaire.

             Cheveux gris - nez rouge est muet comme une carpe. Sourd depuis si longtemps, 
             ses oreilles,
feuilles mortes sans sons sont tombées la semaine dernière, d'inutilité.
             Elles nourrissent la terre quelque part derrière la maison.
             Elles gardent la place pour le reste.

  
  
 
 
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