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GEORGES CLOVIS – PARKER

La rencontre

 

La rencontre eu lieu un hiver. La rue était déserte et glaciale. Le vent qui descendait du nord mordait les lèvres d’un cruel baiser. Dans la grisaille du jour la boutique à la devanture défraîchie, faiblement éclairée , semblait pourtant vibrer d’une accueillante tiédeur.

Mu par je ne sais quelle obscure énergie, je poussai la porte vitrée,  faisant tinter la petite sonnaille suspendue au chambranle. Une soudaine et violente bouffée de  chaleur me surprit.

Après avoir échangé les politesses d’usage avec le tenancier,  je me débarrassai  de mon lourd pardessus de laine et de ma chapka d’astrakan et, les posant sur le fauteuil bancal qui se trouvait là, je remarquai le grand mur de droite sur lequel étaient accrochées une douzaine de peintures jaunies aux formats variables .

Je m’approchai, faisant craquer sous mes pas, les lattes disjointes du plancher et plongeai aussitôt mon regard dans celui  de l’homoncule aux yeux exorbités, peint sur la toile n°3. Sa langue rouge fouillait une oreille voisine, et son ventre, ouvert comme une fleur éclose, expulsait en douceur une sorte de poisson pathétique aux écailles mauves.

A cet instant précis je ne me doutais pas encore que, corps et âme, je serais désormais lié à cette représentation grotesque de la condition humaine et que la peinture de Bernard Le Nen allait définitivement transformer ma vie.

 

Georges Clovis-Parker
“La Chapka et le pinceau ”

Editions de L’homoncule. 2003.


























































































Mardi 31 octobre 2006 2 31 /10 /Oct /2006 18:53

Quand j'étais gamin je conduisais déjà. Pour que je me tienne peinard à l'arrière de la « Dauphine pendant les voyages, on m’avait offert un volant en "pastique" avec levier de vitesse et compteur du même tonneau. Je ne voyais rien de la route, seulement le dos du siège de skaï bleu marine de mon paternel conducteur, mais je l'imaginais, je conduisais à l’instinct, je naviguais aux instruments, négociant avec talent les plus dangereux virages. Grâce à une  puissante vibration des lèvres, j'imitais  le bruit du moteur et les variations sonores consécutives aux nerveux changements de vitesse, postillonnant à gros bouillons, jouant, malgré leurs louables efforts pour m’occuper durant le trajet, avec les nerfs de mes parents déjà passablement usés par l’angoisse de rater un panneau et de se tromper alors d’itinéraire. Lui là, il conduit une décapotable, il a de la chance, c’est sûrement un gosse de riche.. Moi aussi, j’aurais pu piloter les cheveux au vent, vu que mon père roulait souvent la vitre baissée, seulement ma mère, m’expédiait périodiquement chez le coiffeur d’où je ressortais, c’était couru d’avance,  le crâne couronné d’une  coupe en brosse. Une petite tête de balai de chiotte comme disait mon tonton.

 

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