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GEORGES CLOVIS – PARKER

La rencontre

 

La rencontre eu lieu un hiver. La rue était déserte et glaciale. Le vent qui descendait du nord mordait les lèvres d’un cruel baiser. Dans la grisaille du jour la boutique à la devanture défraîchie, faiblement éclairée , semblait pourtant vibrer d’une accueillante tiédeur.

Mu par je ne sais quelle obscure énergie, je poussai la porte vitrée,  faisant tinter la petite sonnaille suspendue au chambranle. Une soudaine et violente bouffée de  chaleur me surprit.

Après avoir échangé les politesses d’usage avec le tenancier,  je me débarrassai  de mon lourd pardessus de laine et de ma chapka d’astrakan et, les posant sur le fauteuil bancal qui se trouvait là, je remarquai le grand mur de droite sur lequel étaient accrochées une douzaine de peintures jaunies aux formats variables .

Je m’approchai, faisant craquer sous mes pas, les lattes disjointes du plancher et plongeai aussitôt mon regard dans celui  de l’homoncule aux yeux exorbités, peint sur la toile n°3. Sa langue rouge fouillait une oreille voisine, et son ventre, ouvert comme une fleur éclose, expulsait en douceur une sorte de poisson pathétique aux écailles mauves.

A cet instant précis je ne me doutais pas encore que, corps et âme, je serais désormais lié à cette représentation grotesque de la condition humaine et que la peinture de Bernard Le Nen allait définitivement transformer ma vie.

 

Georges Clovis-Parker
“La Chapka et le pinceau ”

Editions de L’homoncule. 2003.


























































































Dimanche 17 septembre 2006 7 17 /09 /Sep /2006 10:58
   Celui au chapeau aime sortir au crépuscule.
   Son regard est fixé,  immobile, figé comme
   celui des gibiers  empaillés accumulant la
   poussière sur les larges cheminées de 
   pierres. Il est seul et songe aux belles nuits
   d'été, aux lunaires lumières des  années de
   mirages. Le sommeil d'alors n'était qu'un
   long voyage au tréfonds de son âme
  impulsive. Le malheur n'était rien qu'une
  crotte de mouche, qu'une poussière brune
  qu'il soufflait d'un cri de joie, d'un chant
  puissant de chamane novice ! Il aimait ça,
  chanter...des balades orientales surtout,
  épicées, ondulantes, ornées, chatoyantes et
  mélancoliques.Celui au chapeau se souvient
 du temps ou il   marchait la tête nue.
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