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GEORGES CLOVIS – PARKER

La rencontre

 

La rencontre eu lieu un hiver. La rue était déserte et glaciale. Le vent qui descendait du nord mordait les lèvres d’un cruel baiser. Dans la grisaille du jour la boutique à la devanture défraîchie, faiblement éclairée , semblait pourtant vibrer d’une accueillante tiédeur.

Mu par je ne sais quelle obscure énergie, je poussai la porte vitrée,  faisant tinter la petite sonnaille suspendue au chambranle. Une soudaine et violente bouffée de  chaleur me surprit.

Après avoir échangé les politesses d’usage avec le tenancier,  je me débarrassai  de mon lourd pardessus de laine et de ma chapka d’astrakan et, les posant sur le fauteuil bancal qui se trouvait là, je remarquai le grand mur de droite sur lequel étaient accrochées une douzaine de peintures jaunies aux formats variables .

Je m’approchai, faisant craquer sous mes pas, les lattes disjointes du plancher et plongeai aussitôt mon regard dans celui  de l’homoncule aux yeux exorbités, peint sur la toile n°3. Sa langue rouge fouillait une oreille voisine, et son ventre, ouvert comme une fleur éclose, expulsait en douceur une sorte de poisson pathétique aux écailles mauves.

A cet instant précis je ne me doutais pas encore que, corps et âme, je serais désormais lié à cette représentation grotesque de la condition humaine et que la peinture de Bernard Le Nen allait définitivement transformer ma vie.

 

Georges Clovis-Parker
“La Chapka et le pinceau ”

Editions de L’homoncule. 2003.


























































































Mardi 24 mars 2009 2 24 /03 /2009 21:16
               





















encre et acrylique sur papier marouflé sur toile 60x80 2009



Sur la terre brune s'épend le fumier des espérés printemps, et les matins encore froids
déposent avec parcimonie  le bleu des glaces à la surface du jour.
L'hiver a laissé dans les yeux des corps encore engourdis une brume jaunâtre.
Elle se dissipera sans doute aux premières tièdeurs.

Dans la terre brune se délayent les humeurs moribondes
des organismes qui s'abandonnent au moelleux de l'humus.
Déja se pointent des tiges téméraires,
à l'audace fragile, crevant la croûte,
et du sombre le clair, coule comme une larme.

Et les bouches s'entrouvrent, les souffles s'élargissent,
recrachent dans un cri la glaise accumulée au palais des silences.

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