Le Cabinet d'un amateur
l’inquiétante familiarité des dispositions intimes.
Si le cabinet d’un amateur s’élabore selon le seul désir de celui-ci, à l’écart des catégories établies et des valeurs manifestes, si de ce fait, l’amateur se trouve dans la situation de n’avoir – du moins quant à ses choix – de comptes à rendre à personne (ce qui le distingue du conservateur de musée), ce n’est pas pour autant que la collecte et la présentation des objets et des images qu’il rassemble se fassent sans qu’une logique, d’ailleurs rarement explicitée : - on invoque la fantaisie, les caprices et l’irréductibilité du « goût » ou de l’envie – mais néanmoins rémanente et dérobée, trouve à y œuvrer… parfois même à son insu.
Ici, j’ai souhaité présenter l’inquiétante familiarité des dispositions intimes d’auteurs dont les origines, les motivations, les manières de faire et les productions sont multiples et diverses. Certains sont désormais reconnus et intégrés dans l’art brut (cette invention que fit, en 1945, le peintre Jean Dubuffet) ; d’autres s’inscrivent dans la mouvance des Singuliers de l’art,
Appellation qui se fit jour en 1978 avec l’exposition éponyme au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris ; d’autres encore, nous arrivent des confins l’art naïf haïtien –celui, du moins dont Malraux se fit le chantre dans « L’Intemporel », lorsqu’il l’eut découvert au cours de son voyage dans la Caraïbe, en 1976. Certains d’entre eux ont depuis longtemps acquis une reconnaissance et une notoriété internationales ; d’autres se satisfont d’une consécration locale. Pour quelques-uns enfin, - qui jusque là ont œuvré dans le silence, le secret et la solitude – c’est certainement la première fois que l’occasion est offerte au spectateur de pouvoir, publiquement, avoir accès à leur travail.
Au-delà donc du jugement de goût et des choix opérés par l’amateur que je suis – choix et jugement qui disent, pour qui veut bien l’entendre, quelque chose de l’intimité de mes dispositions propres : Exposer, c’est toujours un peu s’exposer… mais qui n’excluent pas pour autant l’emprise de la grammaire sociale – la question se pose à présent de savoir s’il n’existe pas, implicitement, un lieu et un nœud communs, un entremonde de liens tenus à tous ces auteurs. Comment trouver à qualifier ce cercle de singularités plurielles dont le centre n'est nulle part et la circonférence partout ? Qu’est-ce qui, à la fois, unit, relie et spécifie ces productions disparates ? Comment résonnent-elles les unes avec les autres ? Qu’est-ce qui m’attire en elles et me pousse à les rassembler ? Qui plus est : à les offrir ainsi au regard d’autrui ? Peut-être cette exposition du Cabinet d’un amateur n’est-elle pour moi que l’occasion, d’attiser la prolifération d’un questionnement ? De la déployer, de lui faire faire la queue de paon et le proposer en partage ?
« Werk ist weg » écrivait Paul Klee. Nul doute que le visiteur, cheminant dans cette exposition et donc y faisant œuvre à sa façon, saura y trouver sa voie et construire ses propres réponses.
Alain Bouillet
samedi 1er octobre
dans les salles voûtées du château
de 17 à 18 h. :
« le cabinet d’un amateur : l’inquiétante familiarité des dispositions intimes »
causerie d’Alain BOUILLET
suivie d’un débat
vernissage au château à 18 h.
Chateau d'AUBAIS 30250
