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GEORGES CLOVIS – PARKER

La rencontre

 

La rencontre eu lieu un hiver. La rue était déserte et glaciale. Le vent qui descendait du nord mordait les lèvres d’un cruel baiser. Dans la grisaille du jour la boutique à la devanture défraîchie, faiblement éclairée , semblait pourtant vibrer d’une accueillante tiédeur.

Mu par je ne sais quelle obscure énergie, je poussai la porte vitrée,  faisant tinter la petite sonnaille suspendue au chambranle. Une soudaine et violente bouffée de  chaleur me surprit.

Après avoir échangé les politesses d’usage avec le tenancier,  je me débarrassai  de mon lourd pardessus de laine et de ma chapka d’astrakan et, les posant sur le fauteuil bancal qui se trouvait là, je remarquai le grand mur de droite sur lequel étaient accrochées une douzaine de peintures jaunies aux formats variables .

Je m’approchai, faisant craquer sous mes pas, les lattes disjointes du plancher et plongeai aussitôt mon regard dans celui  de l’homoncule aux yeux exorbités, peint sur la toile n°3. Sa langue rouge fouillait une oreille voisine, et son ventre, ouvert comme une fleur éclose, expulsait en douceur une sorte de poisson pathétique aux écailles mauves.

A cet instant précis je ne me doutais pas encore que, corps et âme, je serais désormais lié à cette représentation grotesque de la condition humaine et que la peinture de Bernard Le Nen allait définitivement transformer ma vie.

 

Georges Clovis-Parker
“La Chapka et le pinceau ”

Editions de L’homoncule. 2003.


























































































creation

Vendredi 21 décembre 2007 5 21 /12 /Déc /2007 17:59
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" Nativité " acrylique sur papier . Début du XXIeme siècle
Où l'on peut voir la venue au monde de Lëon , dans une  humble étable à bestiau.

Lëon ! Lëon !Jouez les luths, cromornes ,guiternes et chalumeaux, rebecs, citoles,chalemies et mandores, sortez les enceintes, envoyez du gros son, du lourd, du qui décoiffe,débouchez les flacons ,Lëon ! Lëon!
Grozef,  un pauvre jardinier  et son épouse  Maari Loiselle,  enceinte jusqu'au cou du magicien d'Oz, avaient fait le déplacement à Hogéhème comme toute la population de la province pour subir le test ADN décreté obligatoire par le gouverneur Zarkos ils arrivèrent à la bourre au coucher du soleil  et ne trouvèrent aucune chambre  libre, toutes les auberges affichant complet, ils décidèrent  alors de passer la nuit sous ce toit de fortune situé tout près du grand stade.
  C'est là même la terre brune que Lëon vit la nuit entre le Canifrogue à Croissant et le Glou Cornu ( avec en guise de couvre - chef l'encorné du jour , l'infâme collecteur  Avida Trimane).
Certains esprits embrumés reconnurent alors en l'enfant  l'envoyé du Ciel...( Hum.., le fils de Dieu, je vous demande un peu, certains ont de ces idées...)


Par  une économie de moyens ( deux couleurs seulement, un presque blanc et un presque noir,) mais  avec cependant beaucoup d'efficacité, l'artiste sublimant la scène à l'aide d'une esthétique primitive nous replonge dans l'atmosphère lunaire de ce misérable espace. Cet espace, réduit à sa plus simple expression,(ce fond brun rouge presque noir grossièrement brossé,) contraste d'une manière brutale par sa simplicité même, avec les personnages qui l'occupent. Sont  réunis sous cet abri d'urgence, Maari, Grozef, Lëon nouveau né, le Canifrogue, le Glou Cornu, la dépouille encornée d'Avida Trimane. Les protagonistes, lumineux, ( l'on pourrait presque dire "enluminés"  à la vue des "tatouages" dont ils sont l'objet) , traduisent par leurs seules attitudes,  une force déterminée, oserais-je dire tranquille. Du thorax de Lëon, encore relié par le crâne au coté de sa mère, se développe une fleur à quatre pétales, rappel évident de l'humble métier de son père, symbole éphémère  de la vie fragile.
En périphérie de la scène vous noterez  la présence accessoire , mais puissante cependant,  du serpent et du mammifère aboyant. Leur situations  sont diagonalement opposées, en haut à gauche pour le premier, en bas à droite pour le second, doit - on y voir la représentation d'un quelconque antagonisme ? Et quel serait -il ?
Bien plus qu'une illustration détaillée d'un fait précis, nous sommes ici face à une réflexion sur le mystère de la naissance, de l' existence même et inévitablement de la mort vers laquelle bestiaux et gens sont ensemble irrémédiablement entraînés.

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